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Le vampire est-il un mec toxique ?

 

              Ayant eu la chance de participer au coté de Stella Louis, Martin Barnier, Cristelle Lebon à une table ronde sur le vampire, dans le cadre de la semaine pop de Lyon 2,  je ressors avec une vision élargie et sans trace de morsure.

 

               C’était le genre de soirée où le public, très mixte en termes de genre, est largement à hauteur de la tribune, pour nous proposer des références obscures. Tu me parles du Dracula Nigérian, mais connais tu le film avec les lutteurs mexicains ? 

 

                Nous avons pu opérer tous ensemble des jonctions entre le travail de la culture (le vampire vient des mythes, passe dans la littérature, est absorbé par le cinéma, les séries, le jeu de rôle (Vampire, la mascarade), et toute une production industrielle de divertissement ), la médecine de l’époque (de la syphilis au SIDA, la maladie contagieuse irrigue cette figure) et la psychologie. Nous en sommes sortis avec l’impression que le sujet est inépuisable et rhizomique.

                  Toujours, une référence échappait : "Mince, on n’a pas parlé du personnage central du Rocky Horror Picture Show ! Mais comment est-ce possible ?"

 

 

 

 

 

 

              La figure de l’hystérique, l’addiction, la mélancolie, la pulsion, le désir de mort, la violence pulsionnelle, la politique, la sexualité, la puberté, homoparentalité, le racisme, les figures ostracisées de la société, la dualité, notre part sombre, le trouble dans le genre, le vampire est une surface sur laquelle de nombreuses choses ont été projetées au fil des ans, depuis l’époque victorienne jusqu’à aujourd’hui. Le mythe se réinvente, survit aux réinventions les plus farfelues (Mel Brooks, Bernard Menés), car il est totalement plastique.

 

             Nous jouions donc, en tant que psychologues, sur du velours pour faire des liens avec nos disciplines et nos pratiques. D’autant que les figures de l’hystérie, de l’hypnose, de la mélancolie, du somnambulisme, les références à la médecine du XIXème siècle  irriguent les représentations féminines et masculines et institutionnelles de ces films.

 

 

             

 

 

Mais c'est finalement moins la maestria intervenants qui m'a impressionné que la culture énorme  et la volonté de se poser des questions du public.

 

Par exemple les magnifiques Dracula de  Coppola (1992) et  Nosferatu de Robert Eggers (2024) posent la question du consentement, de l’emprise, et de la séduction. Le vampire est-il un pervers narcissique ? Est-ce que le vampire use de chimie et de manipulation pour soumettre sa victime ? Est-ce qu’elle n’est pas un peu consentante, l’excitation du danger étant préférable à la morne platitude de la vie conjugale promise ? N’est-il pas logique de préférer le Prince Gary Oldman au clerc de notaire Keanu Reeves ? Peut-on désirer la mort plus que la vie ? Cette question était l’une des questions centrales, et l’on peut évidemment faire des ponts avec la clinique. Et vers nos prochains débats sur les VSS (How to have sex le 25 novembre à Lyon 2). 

 

 

 

            


  En conclusion des débats nous pourrions mettre (presque) tout le monde d’accord en disant qu’Edward n’est pas plus un mec toxique que Mina une hystérique refoulant sa sexualité. Et qu'en même temps ils le sont, en fonction de ce que l'on veut bien projeter dans la scène. Les choses heureusement sont plus troubles et plus ambiguës : figures de la femme vampire revisitée par Neil Jordan (Byzantium), dualité de l’humain, ambivalences, ambiguïtés, "figure camp par excellence" (Martin Barnier). Il est difficile de conclure avec fermeté.


Crédits Affiches: Service culture de Lyon 2 (ici) et Agora Ciné Psy (couv).

Crédit Vidéo (site de Lyon 2): Elisha Moreuille-Tassart